Promiscuité et manque de moyens: la dure vie des étudiants sénégalais


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Confrontés à des amphis et des logements universitaires surpeuplés malgré quelques progrès récents, les étudiants continuent à avoir la vie dure au Sénégal, où le prochain président devra miser sur une jeunesse mieux formée pour assurer le décollage économique du pays.

Comme tous les soirs, Saliou Sambe prépare le petit lit qu’il partage avec un camarade dans une chambre défraîchie de 10 m2, garnie de trois lits d’une personne où logent six étudiants, sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, la plus grande du pays.

“Je suis prêt à passer la nuit dans le couloir ou à 100 dans une même chambre s’il faut en passer par là pour réussir mes études”,

explique à l’AFP le jeune homme, en dernière année de droit.

Avec une population de près de 16 millions d’habitants, dont 42% a moins de 15 ans, le Sénégal pourrait voir le nombre d’étudiants – 160.000 actuellement – doubler dans les prochaines années.

Un pays ayant atteint “l’émergence”, comme y aspire le Sénégal, “doit commencer à être très bon dans l’enseignement supérieur, car il doit innover” et ne peut donc pas se contenter de développer l’école primaire, déclare l’économiste Moubarack Lô, conseiller auprès du Premier ministre.

La formation d’une main d’oeuvre et de cadres qualifiés sera d’autant plus importante que le pays, qui s’est doté d’infrastructures modernes, veut à présent se renforcer dans les secteurs de la logistique, de l’agro-industrie, du numérique ou encore des hydrocarbures, dont la production à grande échelle doit débuter dans deux ou trois ans.

Mais la vénérable Ucad, fondée en 1951, accueille ses près de 80.000 étudiants dans des conditions indignes du XXIe siècle, selon des étudiants et responsables syndicaux interrogés par l’AFP.

“Les amphis sont bondés, certains étudiants prennent des notes à même le sol. Et nous devons parfois parcourir l’université pendant une heure pour trouver une salle libre”,

déplore le syndicaliste et professeur de philosophie Oumar Dia.

– Manifestations étudiantes –

Si quelque 5.000 lits supplémentaires ont bien été créés grâce à la construction de nouveaux pavillons ou à la rénovation d’anciens bâtiments, cela reste “insuffisant”, estime un autre responsable syndical, Mouhamadou El Hady Ba.

De plus, regrette l’étudiant Saliou Sambe, les nouvelles chambres sont attribuées au mérite.

“On vous demande d’être excellent. Or, en réalité, les conditions ne sont pas réunies. Pour avoir une moyenne de 12, il faut être un génie”,

affirme-t-il.

A Saint-Louis (nord), sur le campus de l’université Gaston-Berger, les étudiants continuent à réclamer une amélioration des conditions de vie, après des manifestations contre les retards de paiement des bourses qui ont coûté la vie à l’un des leurs en mai 2018.

Et à Bambey (centre), une bagarre entre étudiants de l’Université Alioune Diop et ceux d’un institut de formation agricole voisin a fait cinq blessés légers dimanche lorsque les premiers ont tenté d’accéder au restaurant des seconds.

Un sombre tableau que nuancent les responsables de l’université dakaroise: un centre médico-social est en construction et le restaurant universitaire a une capacité de 4.500 couverts par repas, relève le responsable des résidences de l’Ucad, Khalifa Babacar Diagne.

Tout en reconnaissant la nécessité de progrès supplémentaires, le recteur, Ibrahim Thioub, explique que l’Ucad, qui comptait encore quelque 100.000 étudiants en 2014, est en voie de “désengorgement” grâce à l’ouverture de nouvelles universités en régions et au succès de l’Université virtuelle du Sénégal (UVS).

Sept nouveaux amphithéâtres, un bâtiment pour le rectorat et des laboratoires sont sortis de terre à l’Ucad et les étudiants “peuvent dorénavant suivre les cours en streaming grâce à un bon débit de wifi gratuit”, ajoute-t-il.

Si la France a longtemps fait rêver les étudiants sénégalais, l’annonce d’une augmentation des frais d’inscription pour les non-Européens à partir de la rentrée prochaine a douché les espoirs des moins nantis.

“Mon rêve d’aller étudier en France tombe à l’eau”, déplore Alioune Fall, étudiant à Thiès (ouest). “Mon oncle homme d’affaires, qui pensait m’aider, m’a dit de déchanter car ce n’est plus possible pour lui”,

explique-t-il.

Un représentant des étudiants de Bambey, Mamadou Alpha Diallo, regrette également cette décision. “Nos cadres et dirigeants pour la plupart sont formés en France”, affirme-t-il, en référence notamment à certains des principaux candidats à la présidentielle de dimanche.


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Aicha Aidara

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