Mes parents ont organisé mon mariage quand j’avais 7 ans


Mes parents ont organisé mon mariage quand j’avais 7 ans mariage force elle

Rencontrée au centre de formation préprofessionnelle, d’alphabétisation de Ouagadougou au Burkina Faso dans le cadre de la campagne d’abandon du mariage forcé baptisé “ Ne M’appelez pas Madame” lancé par l’UNICEF, cette jeune femme dont nous avons changé le nom, raconte son témoignage, elle explique comment elle a échappé au mariage forcé dans son village.

Je suis Fatima Noufé, j’avais 13 ans quand j’ai eu mes premières règles menstruelles. Je ne savais pas ce que c’était parce qu’on ne nous en parlait pas au campement. Chez nous, ces choses-là sont vues comme un péché. Comme j’étais inquiète, j’ai informé ma mère qui m’a expliqué que je n’étais pas malade. Elle m’a fait savoir que j’étais désormais une femme et que j’allais bientôt me marier. Elle m’a dit que les règles menstruelles étaient comme un péché et qu’il fallait réparer cela avant que je tombe enceinte d’un inconnu. Je ne comprenais pas la situation, je ne savais pas ce que j’avais pu faire de mal. Je n’avais jamais entendu parler de ce péché commis par les femmes. J’avais tellement de questions, mais j’avais peur de les poser.

Quelques jours plus tard, mon père me fit appel dans sa chambre, il avait appris par ma mère que j’étais devenue une femme et qu’il était temps que je quitte la maison. Pour cela, il allait préparer le mariage. C’est en ce moment que mon père m’a annoncé qu’il avait déjà préparé mon mariage quand j’avais 7 ans. Il m’a dit qu’un de mes oncles, un vieil homme du village, avait proposé à mes parents de me marier depuis mon enfance.

On attendait le moment propice pour me le dire.

Je connaissais cet oncle, il devait avoir plus de 40 années de plus que moi, il avait déjà des femmes, des enfants plus grands que moi, je ne savais pas pourquoi il voulait me marier. Moi, je ne voulais pas me marier. J’étais trop jeune, je voulais partir à l’école ou bénéficier d’une formation qualifiante pour faire la coiffure. Je voulais tout faire, sauf me marier à l’âge de 13 ans avec cet homme.

J’ai fait comprendre à mon père que je ne voulais pas de cet engagement, j’étais prête à subir le châtiment que ma décision me réservait. Je le suppliais en vain, j’ai parlé à ma mère pour qu’elle arrive à le convaincre, mais elle n’a pas pu, ou du moins, elle n’a pas essayé parce qu’elle craignait qu’il l’accuse d’être à la base de mon refus.

Pendant des semaines, je réfléchissais à une solution à ma situation, je n’en trouvais pas. Je continuais à plaider pour qu’on m’épargne de ce mariage forcé.

Une fois, alors que j’étais dans ma chambre en train de pleurer, mon père est venu me trouver. Il m’a expliqué que c’était bientôt la cérémonie de mariage. Il ne pouvait plus faire de pas en arrière parce qu’il avait déjà dépensé l’argent de la dot. Ce jour-là, j’ai appris que mon oncle avait donné l’argent de la dot à mon père quand j’avais 7 ans lorsqu’il lui avait fait part de ses intentions de faire de moi sa future épouse.

Cette révélation m’avait bouleversé. Je venais de réaliser que mes parents m’avaient vendu à cet homme, qu’ils ne pouvaient pas revenir en arrière. Ils avaient perçu la somme de 75 000 F CFA de sa part. Nous étions une famille très pauvre, nous arrivions à peine à nous nourrir convenablement, mon père n’avait pas les moyens de restituer son argent à mon oncle, il fallait que je lui sois rendue.

Les jours passèrent, tout se mettait en œuvre pour mon mariage.

Ma cousine Rama, qui avait appris la nouvelle, était venue de Ouagadougou, la capitale pour le mariage.

Quelques jours après son arrivée, elle avait remarqué ma tristesse, elle se glissa dans ma chambre, une nuit lorsque toute la famille était endormie. Elle m’expliqua qu’elle était là pour me sauver, pas pour assister au mariage. Cette nuit, nous avons élaboré ensemble, le plan de fugue. Il fallait qu’on le fasse très vite et qu’on soit prudente.

Elle avait un ami qui allait nous attendre quelques kilomètres loin du village.

Je fis ma valise, et nous avons quitté le campement une semaine plus tard, lorsque la maison était endormie. Je savais que cette décision pourrait me valoir l’exclusion familiale, mais j’étais prête à prendre ce risque. Nous retrouvâmes son ami qui nous a conduit à Ouagadougou, la capitale du pays. Ma cousine m’avait parlé d’un centre qui pouvait me former à la couture et que je devais travailler pour payer ma formation.

Elle venait de me sauver la vie, j’étais loin de ma famille, mais je pouvais enfin réaliser mes rêves.

Je fus acceptée au centre de formation. J’ai été automatiquement adoptée par les religieuses en charge de ce centre. Elles ont entrepris des démarches pour me réconcilier avec ma famille, mais ils refusent de me revoir. Cela fait aujourd’hui plus de 4 ans que j’ai quitté le domicile familiale. Je n’ai pas revu les membres de ma famille. Les négociations continuent pour ma réintégration. Je finis cette année, la première partie de ma formation au centre. Je pars en formation pratique dans quelques mois. Je prie tous les jours pour être de nouveau acceptée chez moi.


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Aicha Aidara

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