Coronavirus : Monsieur le Président, appelez à ne pas oublier l’Afrique !

Un collectif d’associations œuvrant dans le secteur du développement par l’éducation exhorte Emmanuel Macron à ne pas sacrifier les solidarités internationales.

Monsieur le Président, il faut le dire, cette pandémie « nous oblige », ce sont vos mots. Au regard des femmes et des hommes infectés par le Covid-19, des patients, des soignants, des pharmaciens, des éboueurs, des hôtes de caisse, des pompiers, des travailleurs sociaux, paramédicaux, cette liste est longue…

Au regard des plus fragiles bien évidemment, notamment les 200 000 personnes qui, malgré vos engagements, sont toujours à la rue, en France, et qui n’ont pas les moyens de se protéger, de se confiner, de se soigner.

Au regard de l’Histoire aussi. Madame la Chancelière Angela Merkel faisait remarquer que cette crise sanitaire n’avait pas d’équivalent en termes de défi pour l’Allemagne depuis la seconde guerre mondiale. Vous l’avez, Monsieur Macron, également souligné pour notre pays.

L’Histoire se souviendra des décisions que nous prenons et de notre hauteur de vue.
Dans ce contexte d’extrême urgence où il est question de masques et de respirateurs pour sauver des vies ici en France, nous vous demandons, conscients de notre responsabilité, de prendre une initiative, pour et avec l’Afrique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a rappelé, la crise du Coronavirus va être particulièrement dramatique sur ce continent où les filets sociaux n’existent pas et où les matériels médicaux requis pour répondre à cette crise manquent, où 85 % de la population au sud du Sahara n’a pas accès à l’eau propre ni au savon et où il faut aller travailler quoi qu’il arrive pour nourrir sa famille. C’est une question de jours.

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L’extrême urgence est donc ici, mais aussi là-bas, avec les conséquences humaines, sociales, économiques que nous avons peine à imaginer et dont les répercussions systémiques nous concernent déjà.

Aujourd’hui, 138 pays ont fermé leurs établissements scolaires sur l’ensemble de leur territoire, affectant un peu plus de 1,3 milliard d’enfants et de jeunes, avec des risques majeurs de déscolarisation à moyen et long terme.

Nombre de nos organisations, œuvrant dans la solidarité internationale, sont impactées de plein fouet par la crise du coronavirus dans leurs programmes, leurs modèles économiques, leurs stratégies. Comme vous l’avez dit, rien ne sera pareil après cette crise. Mais il faut, en premier lieu, limiter son expansion : nous le faisons, dès à présent, avec nos équipes et des jeunes bénévoles en Afrique qui sensibilisent aux gestes barrières. Nous pouvons faire beaucoup plus !

Mais, pour cela, il faut que nous puissions continuer nos activités de prévention, d’éducation et de formation sur le terrain. Ces actions complémentaires à la santé permettent d’avoir une vision holistique et stratégique sur la crise complexe et inédite que nous vivons. Il faut donc penser ensemble, car la solution ne peut être que collective, solidaire, internationale, pour assurer le continuum santé-éducation en prenant en compte également les questions alimentaires, mais aussi d’urgence après l’urgence. Notre solidarité se doit donc d’être à la hauteur de cette crise et de ses enjeux.

Cette crise concerne dès à présent la survie de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants, mais elle montre aussi que l’urgence sanitaire et médicale doit nécessairement se combiner à des actions de sensibilisation et d’éducation qui permettent, en parallèle du soin, d’anticiper et de protéger, donc, de démultiplier les effets de la lutte contre la pandémie.

Interconnexions
A l’heure de la mondialisation, notre solidarité ne peut pas concerner notre seul territoire. La fermeture des frontières est certes compréhensible dans une situation aussi inédite, mais elle ne doit pas signifier que les échanges entre nations ne seraient vertueux qu’en période de croissance et de développement. Au contraire, les interconnexions sont telles, et l’avenir de la planète une urgente nécessité, que l’on ne peut négliger ce qui se passe ailleurs, notamment en Afrique, où la crise fera probablement plus de ravages que sur nul autre continent, avec un impact sur l’Humanité tout entière.

Monsieur le Président, nous pouvons sauver des vies, beaucoup de vies. Nous, principales associations de solidarité et de développement par l’éducation, nous mobilisons partout où nous sommes présentes, particulièrement en Afrique. Mais nous avons besoin d’argent pour continuer à agir et à exister. Il faut, bien sûr, donner des fonds aux organisations humanitaires de santé ou d’urgence, mais également renforcer les fonds de l’éducation comme appui et complément aux actions d’urgence sanitaire. Sans ce soutien, nous ne serons pas en mesure d’apporter une réponse systémique et collective.

C’est pourquoi, nous vous exhortons tout d’abord à mettre en place un fonds de sauvegarde pour les organisations de solidarité internationale qui en ont besoin, afin qu’elles puissent traverser cette crise, d’une gravité extrême pour elles également. Nous vous demandons ensuite de respecter la trajectoire des 0,55 % du revenu national brut à 2022 consacrés à l’aide publique au développement comme vous vous y êtes engagé au début de votre mandat et au regard de cette crise historique en direction de l’éducation et santé.

Nous vous demandons, au nom du Partenariat mondial pour l’éducation (PME), que vous avez largement soutenu, de lancer sans attendre une initiative forte, historique, internationale et solidaire en appelant à mobiliser des fonds publics avec l’Agence française de développement (AFD), l’Union européenne, le PME, la Banque mondiale, et les grandes banques de développement, mais aussi avec des fonds privés d’entreprises, de fondations, pour proposer une réponse collective et cohérente.

Monsieur le Président, appelez à ne pas oublier l’Afrique !
Solidarité laïque et Aide et Action, initiatrices de cet appel et interpellées par leurs partenaires africains, invitent toutes les organisations d’éducation et de solidarité internationale à les rejoindre en signant cet appel au président de la République française : Anne- Marie Harster, présidente de Solidarité laïque ; Aïcha Bah Diallo, présidente d’Aide et Action international ; Gwenaëlle Bouillé, présidente d’Aide et Action France ; Alain Canonne, délégué général Solidarité laïque ; Charles-Emmanuel Ballanger, directeur général d’Aide et Action

Signataires ayant rejoint l’appel
La Coalition Education et ses membres Catherine Alvarez, directrice générale d’Asmae-Sœur Emmanuelle ; Jean-Luc Cazaillon, directeur général des CEMEA ; Henry de Cazotte, président du GRET ; Ruvie Gambia, président de Engagé.e.s et Déterminé.e.s ; Aurélie Gal-Regniez, directrice d’Equipop ; Yolaine Guerif, directrice générale de Partage ; Véronique Jenn-Treyer, codirectrice de Planète enfants et développement ; Fréderic Marchand, secrétaire Général de l’UNSA Education ; Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale de la Fédération des Sgen-CFDT ; Patrice Papet, président de Planète urgence ; Manuel Patrouillard, directeur général, Handicap international ; Morgane Peroche, déléguée permanente de la Fédération internationale des CEMEA ; Hanta Rakotondramavo, directrice de DEFI ; Agnès Riffonneau, présidente du GREF (Groupement des éducateurs sans frontières) ; Joël Roman, président de la Ligue de l’enseignement ; Yvan Savy, directeur de Plan international France ; Benoît TESTE, secrétaire général de la FSU ; Danièle Toulemont, déléguée internationale d’Agir ABCD ; Roland Tubiana, président de Solthis (Solidarité thérapeutique et initiatives pour la santé)

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