Confinement : de Paris à Dubaï, les sénégalais nous racontent leur quotidien

Leur quotidien a changé depuis l’apparition du Coronavirus dans les différents pays qu’ils se trouvent. Loin de leur terre natale, ils sont contraints d’adopter un nouveau mode de vie. Sur WhatsApp, des sénégalaises et sénégalais, nous ont contactés pour raconter leur quotidien

« JE ME SENS COMME UN PRISONNIER »

Il s’appelle Mouhamed Ndiaye. Il vit en Italie, depuis plus de 15 ans dans la province de la péninsule. Depuis l’apparition de la maladie en Italie, l’un des pays le plus touché dans le monde, son quotidien a, selon lui, drastiquement changé. Ce, surtout avec l’entrée en vigueur du confinement total décrété dans ce pays depuis le 25 mars 2020. « La plupart des ouvriers comme moi sont au chômage technique ou ont perdu leur travail. Une allocation au chômage, variant entre 60 à 80% du salaire brut, leur est allouée contrairement à nos frères marchands ambulants qui vivent dans des situations très précaires », a expliqué Ndiaye. Mohamed, à l’instar de la majorité de la population italienne, sort de chez-lui une fois par semaine pour faire ses courses. « Chacune de ses sorties doit être justifiée au risque d’être sanctionné lourdement (on encourt la prison) ».

Ses journées, il les passe devant la télévision ou sur les réseaux sociaux pour échanger avec son épouse. « Je passe des nuits blanches en regardant la télé ou en parlant avec ma femme. Je dors presque toute la journée. Je me sens comme un prisonnier. Moi qui suis un sportif, je n’arrive plus à faire du sport en plein air. Je fais des exercices physiques à la maison pour maintenir la forme. En définitif, cette nouvelle expérience a psychologiquement bouleversé notre vie », raconte-t-il le ton meurtri. Pour lui, le plus difficile dans cette histoire, c’est d’être loin de sa patrie, sa famille et ses amis qui, dit-il, s’inquiètent énormément. En bon musulman, il demeure optimiste et prie Dieu d’éradiquer cette pandémie de la terre toute entière.

« JE FAIS DES BEIGNETS, DES GÂTEAUX POUR PASSER LE TEMPS »

Née en Casamance, Nafissatou Diatta vit en France depuis 1980 avec son époux et ses enfants. Un pays qui subit gravement les conséquences de cette pandémie du coronavirus. On y compte plus de 13 mille décès, à ce jour. Ainsi, pour éviter de choper le virus, elle respecte à la lettre les mesures prises par le gouvernement français. Mais, avec le confinement, son train-train quotidien a complètement changé. Elle ne va plus à la salle de gymnastique comme elle en avait l’habitude. « Le confinement n’est pas quelque chose de facile. Ce n’est pas évident de rester à la maison, entre quatre murs, sans bouger », se désole-t-elle.

Ses activités sont réduites à une sortie hebdomadaire. Elle sort une fois par semaine juste pour faire les courses. « On ne sort pas beaucoup. Mais nous, on a de la chance. On a un jardin derrière la maison. On peut sortir un peu pour prendre de l’air. La situation n’est pas agréable mais quand on voit le nombre de morts, on se dit que le mieux c’est de rester chez soi ».

Pour échapper à la solitude, Nafissatou a choisi son passe-temps favori : la cuisine. Et y trouve tout son plaisir. Elle passe son temps à concocter de petits plats délicieux au grand bonheur de son Roméo. « Je fais des beignets, des gâteaux et de petits plats pour passer le temps et avoir une occupation », confie-t-elle. Entre deux plats, Nafissatou se fait beaucoup de soucis pour sa famille qui est restée au Sénégal. Elle ne cesse de prier pour que cette maladie soit vaincue afin que la vie redevienne normale.

« JE ME SENS SEULE… »

Ville phare du Golfe Persique, séduisante par sa modernité, Dubaï, capitale de l’Emirat, croule sous le poids de cette pandémie. Bijou (nom d’emprunt), est responsable commerciale dans une société informatique sise dans ce pays qui actuellement en total « lock down » (NDRL : confinement). Ça fait un mois qu’elle travaille à partir de chez elle. « Je vis seule donc je n’ai pas vraiment de distractions à la maison comme par exemple des collègues qui sont mariés et qui ont des enfants. Je peux vraiment me concentrer sur ce que j’ai à faire », confie-t-elle. Avant d’ajouter : « le revers de la médaille c’est que parfois je ressens une certaine solitude et dans ces moments-là, je me réfugie sur Whatsapp, Facetime, les réseaux sociaux pour garder le contact avec la famille les amis et m’évader un peu. Parce qu’on n’a pas toutes ces interruptions du bureau (des collègues qui veulent discuter, les pause-café). Le volume de travail est supérieur à la maison même s’il y a des jours où on est perdu ou pas/peu motivé. On reste quand même des animaux sociaux, on a aussi besoin d’interagir avec nos semblables. Pour se motiver et s’entraider, on s’organise dans mon équipe des sessions quotidiennes où nous nous racontons ce que nous faisons, partageons des astuces pour rester motiver et continuer à être productifs ».

DU SPORT POUR ÉVITER DE PRENDRE DU POIDS

Dans l’absolu, le boulot de Bijou n’a pas vraiment changé. Commerciale basée à l’étranger mais couvrant le marché africain, le plus gros de son travail se fait au téléphone et sur internet. Et en ce sens, rien n’a vraiment changé. Mais, elle reconnait que cette pandémie sape un peu le moral des investisseurs. « Cette pandémie a ses répercussions économiques qui font que les clients ne sont pas vraiment enclins à investir en ce moment et évidemment cela impacte nos résultats ».

Avec ce confinement, Bijou est devenue une casanière. Elle sort que pour faire ses courses à raison d’une fois par semaine. A part cela, elle reste tout le temps cloitrer entre quatre murs. Sachant que le simple fait de bouger était primordial pour la santé, Bijou fait des activités physiques pour augmenter son bien-être.

« Je fais beaucoup d’exercices pour éviter de prendre beaucoup de poids et également éliminer le stress. Cette période n’est pas facile donc, il y a des moments où je stresse pas mal pour ma famille, mes amis qui sont également à l’étranger, le travail. Mais aussi, beaucoup et surtout pour la famille, les amis qui sont au Sénégal », explique-t-elle. Elle demande à tous de formuler des prières pour que cette situation s’arrête le plus rapidement afin qu’on puisse reprendre les activités.

« UN PROJET DE RENTRER AU SÉNÉGAL TOMBÉ À L’EAU »

« Mon quotidien, depuis que le coronavirus est au Maroc, est très compliqué pour ne pas dire pénible » ! Cette confidence est faite par Aicha. La voix basse, cette résidente au royaume chérifien nous raconte ses journées en cette période de pandémie. Des journées désormais passées entre quatre murs avec un garçon de deux ans. La propagation du coronavirus à une vitesse exponentielle a tout chamboulé. Aicha avait un projet de rentrer définitivement au bercail. Hélas, elle va devoir encore patienter. Pour de temps ? Elle ne le sait pas. « J’avais rendu ma démission depuis un certain temps parce que je projette de rentrer définitivement au Sénégal. D’ailleurs, c’est le coronavirus qui a fait que je suis encore là. Je devais voyager depuis le 20 mars dernier mais, avec la suspension de la liaison aérienne entre le Sénégal et le Maroc, ce voyage a été reporté ».

Plus de promenade dans la rue avec son fils, un petit devenu agité à cause du confinement, Aicha se rabat sur la terrasse. « On est obligé d’aller à la terrasse pour jouer », confirme-t-elle. Grande militante de la positive attitude, elle tente de voir les choses du bon côté en consacrant le plus clair de son temps à son petit prince. Mère monoparentale, Aicha, loin des siens est désemparée. Elle redoute le pire pour sa famille basée au Sénégal avec le virus qui, chaque jour, gagne du terrain.

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